logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

09/11/2015

Quand l'accidentogène devient énervogène

63d6baccc631d516ac13ed9b054f656d.jpgLa tragique collision entre un bus et un camion à Puisseguin le 23 octobre dernier a fait ressurgir dans les média un mot froid et ampoulé : "accidentogène". Pourquoi choisir ce terme si abstrait ? Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?


 

263344.jpgLes termes techniques créent de la distanciation avec une réalité parfois difficile à supporter. Je ne suis pas une brute et je sais combien il peut être important d'arrondir les angles, de ménager la sensibilité... Mais à force de ne plus appeler un "chat" un "chat", nous risquons de perdre de vue l'essentiel, non ? Je concède qu'il est moins brutal de prendre rendez-vous avec un "oncologue", plutôt qu'avec un "cancérologue". Mais quelle sensibilité est ménagée lorsque, par exemple, un "massacre d'innocents" devient un "dommage collatéral" ?

Le choix des mots n'est pas innocent. En politique comme dans le marketing, des experts en communication sont grassement payés pour peaufiner des listes de mots à bannir ou utiliser pour servir un message. Ces "éléments de langage" font désormais partie intégrante des stratégies électorales comme des campagnes de publicité ! En ce moment, par exemple, le mot "problème" est trop souvent remplacé par "sujet" pour que ce soit un hasard. Pour "positiver" et ne pas déprimer des Français dont tous les sondages disent qu'ils sont découragés, des mots disparaissent. Et que penser d'une célèbre marque de soda qui, après sa version "Light" puis "Zéro", invente le "Life" : une boisson plus sucrée que les précédentes baptisée "Vie" pour détourner l'attention !

De là à dire que l'usage du mot "accidentogène" a été, fin octobre, un de ces "éléments de langage", il n'y a qu'un pas... que je ne franchirai pas ! Je crois plutôt qu'il s'agit là d'un effet de mode, d'une coquetterie de langage mal placée. Néanmoins, cet exemple est un bon cas d'école ! Lorsqu'une route dangereuse car notoirement mal conçue est qualifiée d'accidentogène, deux procédés sont à l'oeuvre :

1- l'intimidation par l'utilisation d'un terme savant qui insinue que le sujet nous dépasse et concerne les seuls experts. Le suffixe "-gène" signifiant "qui engendre", il suffit de l'ajouter à la fin d'un mot pour fabriquer un néologisme :"énervogène", exemple qui me vient soudain à l'esprit, est ainsi un synonyme pseudo savant de "énervant".

2- L'édulcoration par une description évasive et abstraite des faits.

folio0177-1972.jpg"Euphémisme", "propagande", "langue de bois" et plus récemment "élément de langage" : la tentation de contrôler le vocabulaire pour manipuler la pensée a toujours existé. En 1949, George Orwell a mis cette question au coeur de son roman d’anticipation "1984" : la dictature de "Big Brother" impose "le Novlangue", une langue officielle soulagée des mots qui nourrissent l’esprit critique. Si le mot "liberté" n’existe plus, peut-on encore la revendiquer ? ça faisait déjà froid dans le dos à l'époque...

 

 

D'où ma conclusion : restons vigilantogènes sans devenir paranoïdogènes.

 

 

 

 

Commentaires

la vraie question parade à ce langage est de savoir
si en qualité de récepteur on est manipulable influençable
citoyen libre en Somme , ou dans toutes les régions nouvelles
au fait quel mot va t'on trouver pour les nommer?
amitiès

Écrit par : ventdamont | 10/11/2015

ras

Écrit par : Pommier | 12/11/2015

Les commentaires sont fermés.

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique